Deux pulls étiquetés « 100 % laine » peuvent offrir des sensations radicalement différentes : l’un caresse la peau, l’autre gratte au bout de dix minutes. La différence ne tient ni au prix ni à la marque, mais à un chiffre que l’on ne lit jamais : le diamètre de la fibre, mesuré en microns. Mérinos, alpaga, mohair, cachemire, laine froide — voici comment les distinguer, ce que chacune apporte vraiment, et laquelle choisir selon l’usage.
EN BREF — Tout se joue sur la finesse de la fibre : en dessous d’environ 25 microns, une laine ne gratte plus. Le mérinos (16-24 µm) régule la température et résiste aux odeurs, c’est le meilleur rapport confort-prix. L’alpaga est plus chaud et sans lanoline (bien toléré par les peaux sensibles). Le mohair est le plus léger et le plus brillant. Le cachemire (14-19 µm) est le plus doux mais le plus fragile. La laine froide n’est pas une fibre : c’est un tissage léger en laine peignée, pour porter la laine toute l’année.

Le micron : le seul chiffre qui explique pourquoi ça gratte
Une fibre de laine se mesure en microns (millièmes de millimètre), et cette finesse détermine presque tout : la douceur, le tomber, le prix. Le principe est mécanique — une fibre épaisse est rigide : au contact de la peau, elle ne plie pas, elle pique. Une fibre fine se courbe et se contente d’effleurer.
Le seuil se situe autour de 25 microns : au-delà, la sensation de grattement apparaît chez la plupart des gens ; en dessous, elle disparaît. À titre de comparaison, un cheveu humain fait environ 60 à 70 microns. C’est pourquoi un mérinos fin se porte à même la peau, quand une laine de mouton classique — souvent 27 à 35 microns — demande une couche en dessous.
Deuxième notion utile : le crimp, cette ondulation naturelle de la fibre. Plus elle ondule, plus elle emprisonne d’air, et c’est l’air immobile qui tient chaud, pas la laine elle-même. Un tricot aéré et gonflant réchauffe donc mieux qu’un tricot dense et compact du même poids.

Les cinq laines à connaître
Le mérinos vient d’une race de mouton à fibre particulièrement fine (16 à 24 µm). C’est la polyvalente : elle régule la température — tiède quand il fait doux, chaude quand il fait froid — et surtout elle est naturellement anti-odeur, ce qui permet de la porter plusieurs jours d’affilée. Elle se froisse peu. Pour un premier vrai pull en laine, c’est le choix le plus sûr.
L’alpaga provient d’un camélidé des Andes. Sa fibre, creuse, retient l’air : à épaisseur égale, elle tient plus chaud que le mouton. Elle ne contient pas de lanoline, cette cire naturelle de la laine de mouton qui provoque certaines réactions — d’où sa réputation de fibre bien tolérée par les peaux sensibles. Elle est aussi plus lisse, donc moins absorbante et un peu plus « glissante » au toucher.
Le mohair vient de la chèvre angora. C’est la plus légère et la plus brillante : elle attrape la lumière, se froisse très peu et résiste remarquablement à l’usure. Son aspect halo, un peu poilu, la rend très reconnaissable — et un peu salissante avec les vêtements sombres.
Le cachemire, issu du duvet de la chèvre du Cachemire, est le sommet de la douceur (14 à 19 µm). Il est aussi le plus délicat : il bouloche plus vite et supporte mal les lavages approximatifs. Sa production étant très faible par animal, son prix est logiquement élevé. Son entretien mérite une méthode à part, que nous détaillons pour laver un pull en cachemire sans le feutrer.
L’angora, enfin, vient du lapin angora et donne ce duvet extrêmement doux et volatil. Très chaud, il perd beaucoup de fibres et se mélange presque toujours à d’autres laines.
Comparatif : laquelle choisir pour quel usage
| Fibre | Finesse | Point fort | Limite | Idéale pour |
|---|---|---|---|---|
| Mérinos | 16-24 µm | Thermorégulation, anti-odeur | Peut boulocher | Le pull de tous les jours |
| Alpaga | 20-30 µm | Très chaud, sans lanoline | Se détend s’il est mal rangé | Grand froid, peaux sensibles |
| Mohair | 25-35 µm | Léger, brillant, résistant | Perd des fibres | Pulls habillés, effet halo |
| Cachemire | 14-19 µm | Douceur maximale | Fragile, cher, bouloche | Pièce d’exception |
| Laine vierge | 25-35 µm | Robuste, prix contenu | Peut gratter | Manteaux, gilets épais |
« Laine froide », « laine vierge » : décoder les appellations
Certains termes prêtent à confusion parce qu’ils ne désignent pas la même chose.
- Laine froide — ce n’est pas une fibre mais un tissu : une laine peignée fine, tissée serré et légère, qui reste agréable en demi-saison. C’est la matière classique des tailleurs et pantalons habillés, portables presque toute l’année.
- Laine vierge — une laine issue directement de la tonte, jamais recyclée. Le terme parle de l’origine, pas de la finesse : une laine vierge peut tout à fait gratter.
- Lambswool — la laine de la première tonte d’un agneau, plus douce et plus souple que la laine adulte.
- Laine bouillie — un lainage volontairement feutré pour devenir dense et coupe-vent, utilisé pour les vestes et manteaux.
Comme pour les autres textiles, savoir lire une étiquette évite bien des déceptions — le même réflexe que face au denim et au seersucker. Et si vous cousez, le choix de la matière conditionne tout le projet, du patron de veste aux finitions.
Entretenir la laine : quatre règles suffisent
La laine est bien moins capricieuse qu’on ne le croit, à condition de respecter sa nature. Elle craint deux choses : la chaleur et le frottement, la combinaison des deux ouvrant les écailles de la fibre qui s’emmêlent définitivement — c’est le feutrage.

- Laver peu — la laine s’auto-nettoie largement à l’air libre. Tous les trois ou quatre ports suffisent, en aérant entre-temps.
- Laver froid et doux — 30 °C maximum, programme laine, lessive spéciale, jamais d’adoucissant, essorage minimal.
- Sécher à plat — jamais sur cintre (le poids de l’eau déforme les épaules), jamais au sèche-linge.
- Ranger plié — et à l’abri des mites, qui raffolent des fibres animales. Un pull toujours lavé avant rangement estival, avec du cèdre ou de la lavande.
Un brossage régulier avec une brosse souple redresse les fibres et limite l’apparition des bouloches. C’est ce type d’attention qui fait durer une garde-robe, au même titre que le fait de soigner ses vêtements plutôt que de les remplacer.
NOTRE AVIS
Le mérinos est la laine que je recommande sans hésiter à quelqu’un qui n’en a qu’un seul à acheter : il fait 80 % du travail du cachemire pour un tiers du prix, et il supporte infiniment mieux la vraie vie. Le cachemire, lui, est superbe mais exigeant — si vous ne comptez pas le laver à la main, épargnez-vous la dépense. Mon test en boutique : posez le tricot contre l’intérieur du poignet, pas contre la main. La peau y est fine et vous dira en trois secondes si la fibre grattera au bout d’une heure de port. Aucune étiquette ne remplace ce test.
Questions fréquentes
Pourquoi certaines laines grattent-elles et d’autres non ?
Tout dépend du diamètre de la fibre. Au-delà d’environ 25 microns, la fibre est trop rigide pour se courber au contact de la peau et provoque une sensation de piqûre. En dessous, elle plie et ne gratte plus.
Quelle est la laine la plus chaude ?
À épaisseur comparable, l’alpaga est plus chaud que la laine de mouton grâce à sa fibre creuse qui emprisonne l’air. Mais le tricotage compte autant : une maille gonflante isole mieux qu’une maille dense.
Qu’est-ce que la laine froide exactement ?
Ce n’est pas une fibre mais un tissu : une laine peignée fine et légère, tissée serré, qui se porte en demi-saison et même l’été dans les vêtements habillés. Le nom vient de sa fraîcheur, pas de son origine.
L’alpaga convient-il aux peaux sensibles ?
Il est souvent mieux toléré car il ne contient pas de lanoline, la cire naturelle de la laine de mouton en cause dans certaines réactions. Sa finesse reste toutefois variable : vérifiez le confort au poignet avant d’acheter.
À quelle fréquence laver un pull en laine ?
Tous les trois à quatre ports, en l’aérant entre-temps. La laine s’assainit très bien à l’air libre, et la laver trop souvent l’abîme davantage que de la porter.
Quiz : connaissez-vous vos laines ?




